SCENA Jazz

Wednesday, July 23, 2008

Le pouls du "Popolo"

par Félix-Antoine Hamel

Depuis 2001, les amateurs montréalais de musiques expérimentales et underground (toutes catégories confondues) réservent leur mois de juin pour un événement de taille : le Suoni Per Il Popolo. Ce festival des plus éclatés se tient tout au long du mois à la Casa Del Popolo et à la Sala Rossa, deux salles de spectacles situés respectivement au 4873 et 4848 boulevard Saint-Laurent. Partie intégrante de sa programmation éclectique, son volet jazz et musiques improvisées a toujours eu de quoi satisfaire; côte à côte, on retrouve des noms de marque, voire quelques légendes, ainsi que d'autres musiciens un peu moins connus, ces derniers permettant toujours d'avoir d'agréables surprises, sinon de faire des découvertes. Cette huitième édition n'a pas dérogé à la règle, mettant en vedette le trio d'Evan Parker, le Sun Ra Arkestra et Tim Berne parmi les têtes d'affiche, mais aussi la saxophoniste Matana Roberts et quelques musiciens scandinaves de la nouvelle vague. Ce chroniqueur a choisi d'assister à six concerts, qui se déroulèrent tous à la Sala Rossa.

Mercredi 4 juin. Un duo formé par le tromboniste Roswell Rudd et le contrebassiste Mark Dresser se devait d'être tout sauf minimaliste. Rudd, avec sa sonorité énorme, peut évoquer toute une section de cuivres, et Dresser, virtuose exceptionnel de son instrument, semble parfois avoir des doigts supplémentaires ! Le bassiste sollicita du reste un jeu de timbres et d'harmoniques surprenants au moyen de quelques pédales et autres effets électroniques bien dosés et parfaitement intégrés à son jeu. Fidèle à lui-même, quelquefois vaguement cabotin, Rudd nous rappela qu'il fut celui qui a su remettre au goût du jour certains éléments du jeu tailgate néo-orléanais dans le jazz moderne. Plus efficace sans sourdine, sa sonorité était plus vibrante que jamais. Le contrebassiste, pour sa part, était souvent appelé à fournir une ligne de basse conventionnelle, mais la façon dont il est arrivé à transcender cette tâche ne peut que susciter l'admiration. Le répertoire était surtout constitué de compositions de chacun des musiciens (dont le très africain et mémorable Ekoneni de Dresser), mais Rudd ne pouvait s'empêcher d'inclure quelques compositions de son ancien mentor, le pianiste Herbie Nichols, dont Freudian Frolics, une pièce que le tromboniste devait décrire comme un « high bebop ». Après deux sets bien remplis, le rappel (un poème assez dadaïste de Rudd soutenu par les glissandi expressionnistes de Dresser) mettait un curieux point final à une soirée autrement mémorable. Somme toute, ça commençait bien !

Jeudi 5 juin. « Wow! » fut le premier mot prononcé par Tim Berne lorsqu'il se trouva devant une salle pleine pour le premier set de Hard Cell, trio de longue date du saxophoniste avec le pianiste/claviériste Craig Taborn et le batteur Tom Rainey. J'avais déjà vu cet ensemble lors de l'édition 2001 du Suoni, dans un contexte quelque peu différent, puisqu'ils avaient alors littéralement chauffé à blanc la petite Casa Del Popolo, et que Taborn jouait alors exclusivement des claviers. Ce récent concert devait s'avérer plus acoustique, car Taborn se servit surtout du piano et ne se tourna qu'occasionnellement vers son Fender Rhodes, mais ce changement n'amenuisa en rien l'intensité de la prestation. Berne est un musicien qui a su créer un langage original et personnel et qui travaille inlassablement dans les paramètres qu'il s'est fixé : thèmes mordants bâtis sur des rythmes complexes, grooves insistants et déstabilisants, solos débridés, le tout servi à merveille par sa sonorité bluesy, le drumming dynamique de Rainey, et surtout le jeu énergique et polyvalent de Taborn, véritable pierre angulaire de cet ensemble. Le public enthousiaste accueillit comme il se doit cette musique musclée.

Samedi 14 juin. Retour au festival d'autres revenants, de provenance plus ou moins extra-terrestres ceux-là : le Sun Ra Arkestra. Leur prestation de 2006 (ma première expérience de l'orchestre en concert) avait eu, dans mon souvenir, un effet indélébile, et avec raison : voir une quinzaine d'hommes adultes (la plupart âgés) en costumes brillants et chamarrés, interpréter une pièce de Fletcher Henderson vieille de sept décennies est une expérience qui marquerait n'importe qui. Le concert donné en juin dernier (à guichets fermés, il faut le dire) était assez semblable à celui d'il y a deux ans, jusque dans le répertoire. Après une improvisation d'ouverture à plein régime, avec le maestro Marshall Allen à l'EVI (Electronic Valve Instrument), on eût droit à une remarquable leçon d'histoire (autant de l'orchestre que de la musique), qui fut aussi une fête formidable en l'honneur d'Allen, qui, cette année, célèbre ses 50 ans de collaboration à l'Arkestra ! Parmi les pièces entendues, retenons Way Down Yonder In New Orleans, avec un vocal armstrongien du trompettiste et maître de cérémonies Michael Ray, East Of The Sun, avec un beau solo du vétéran Charles Davis au saxo ténor, et Happy As The Day Is Long, de Fletcher Henderson, avec une introduction stride impressionnante du nouveau pianiste de l'Arkestra, Farid Barron, jadis sideman de... Wynton Marsalis (incroyable mais vrai!!!). Mais ce sont les pièces classiques de l'Arkestra, les compositions du regretté Sun Ra comme Carefree et We Travel The Spaceways (pendant laquelle des musiciens quittèrent la scène pour jouer en se promenant dans la salle), ou le funk irrésistible de Join The Light, composition plus récente, qui emballèrent littéralement le public, qui fit à nouveau un triomphe à cette formation légendaire à qui il faudra bien trouver une salle plus grande lors de son prochain passage en ville (qu'on souhaite bien)!

Mardi 17 juin. Pour ce chroniqueur, le concert de Matana Roberts fut la découverte de ce huitième festival. Cette saxophoniste alto originaire de Chicago n'est pas encore très connue chez nous : membre du trio Sticks & Stones, avec lequel elle a fait quelques disques, elle vient tout juste de publier un album sous son nom, soit The Chicago Project. Mais c'est dans une composition plus ambitieuse comme Mississippi Moonchile, qu'elle présentait avec son sextette à la Sala Rossa, que son talent s'épanouit pleinement. Oeuvre puissante, à la fois témoignage de l'expérience afro-américaine et réquisitoire contre l'intolérance et la politique conservatrice, c'est aussi une pièce aux dimensions très personnelles. Étalée en continu sur plus d'une heure, cette fresque est ponctuée par des spirituals déclamés par le chanteur Jeremiah (qui aurait pu facilement être un chanteur ellingtonien), par des solos très bluesy de Roberts, par la trompette polyvalente du montréalais Gordon Allen, par le piano robuste de Shoko Nagai, le tout soutenu par la rythmique de béton du vétéran contrebassiste Hill Greene et du batteur Tomas Fujiwara. Dirigeant l'ensemble par des petits signes de la main et appelant à haute voix les titres des sections de la composition, Matana Roberts intègre aussi un texte poignant à une performance qui s'inscrit dans la lignée des suites du regretté John Carter, conjugant une volonté de mémoire à un discours musical des plus modernes.

Mercredi 25 juin. Après un passage au festival de jazz de Vancouver, Ken Vandermark et les membres du quintette Atomic (moins le saxophoniste Fredrik Ljungkvist) débarquèrent à Montréal pour une soirée musicale bien remplie. Divisé en quatre parties (aucune de durant plus de 40 minutes), ce concert devait nous permettre d'entendre ces musiciens dans différentes configurations. Pour cet auditeur, la partie la plus satisfaisante de la soirée fut le set d'ouverture, une rare prestation solo de Vandermark, muni de ses deux clarinettes (en si bémol et basse) et de son saxo baryton. Évoquant Jimmy Giuffre dès les premières notes de sa performance (une furieuse attaque à la clarinette), Vandermark devait spécifiquement dédier à ce musicien mort en avril dernier un autre de ses solos. Également impressionnant au baryton, Vandermark possède maintenant un registre remarquable qui lui permet de tirer le meilleur de toute situation musicale. Après un court entr'acte, le set suivant devait nous permettre de constater encore une fois quel formidable percussionniste est le batteur Paal Nilssen-Love : ses attaques foisonnantes dans ses conversations avec le trompettiste Magnus Broo frôlaient l'improbable. On aurait aimé entendre davantage de musique du trio Free Fall (une autre référence à Giuffre, bien sûr). Le public montréalais eut tout de même la chance de découvrir le pianiste Håvard Wiik, partenaire de Vandermark et du contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten dans cet ensemble de jazz de chambre. La soirée se termina ensuite sur une longue improvisation collective des cinq musiciens. De cette soirée plutôt morcelée, ou bigarrée si l'on veut, je garde un souvenir mitigé, comme si je n'avais vu que des extraits de plusieurs concerts complets.

Jeudi 26 juin. Mon périple festivalier devait toutefois se terminer en grande avec une vraie pièce de résistance : le trio d'Evan Parker, avec Barry Guy et Paul Lytton. Les trois maîtres improvisateurs britanniques jouent ensemble depuis plus de 30 ans, ladite formation existant depuis un bon quart de siècle. Le niveau d'interaction d'un tel ensemble est désormais inimitable… et assurément unique dans le monde de la musique improvisée. Ceux qui sont déjà familiers avec les disques de ce groupe connaissent l'approche musicale du trio : longues improvisations intenses livrées pour la plupart du temps en collectif, lignes angulaires de Parker, comme jouées à rebours, jeu énergique de Guy et invention rythmique sans cesse renouvelée de Lytton. Le second set débuta avec un solo à corps perdu de Guy, tout simplement époustouflant : utilisant des petites mailloches, puis son archet, qu'il coinça éventuellement les cordes de son instrument, le bassiste devait tirer de sa contrebasse des sons inouïs et provoquer des réactions tantôt d'hilarité, tantôt d'approbation d'un public médusé. Lytton, pour sa part, a su broder une trame percussive complexe, armé comme il était d'une panoplie d'accessoires, entre autres quelques woodblocks. Parker, magistral saxo ténor comme toujours (qui n'avait pas ce soir-là son soprano, restrictions de voyage obligent), y alla de ses volutes sonores les plus tortueuses avec toute la facilité (apparente) qu'on lui connaît; pourtant, il peut aussi ralentir son débit pour nous interpeller d'un lyrisme pourtant abrasif. Un court rappel (après un feu nourri d'applaudissements bien mérités) marqua la finale de cette soirée, de loin l'une des plus mémorables de ces huit années de festival.

D'ici la tenue de la prochaine édition du Suoni Per Il Popolo en juin 2009, les amateurs de musiques improvisées auront certainement bien d'autres rendez-vous à inscrire dans leurs agendas, en commençant par le 1er août avec le passage du Arrive Quartet, une formation de la relève de Chicago comprenant Aram Shelton (sax alto), Tim Daisy (batterie), Jason Adasiewicz (vibraphone) et Jason Roebke (contrebasse). Trois semaines plus tard, le 20, ce sera au tour du duo norvégien de Frode Gjerstad (sax alto) et de son compatriote batteur Paal Nilssen-Love de faire chauffer les planches de la Casa del Popolo, l'enseigne par excellence de toutes les musiques créatives en ville.

Addenda

par Marc Chénard

Bien que les têtes d'affiche contribuent de manière décisive à la réputation d'un festival, sans compter l'affluence dans ses salles, il ne faut jamais ignorer la présence des talents locaux. À ce chapitre, les responsables du Suoni per il Popolo reconnaissent pleinement ce fait en accordant une place non négligeable à nos musiciens, qu'ils soient du rock, de l'électronique, de l'impro ou je ne sais quoi d'autre. Parmi ce grand éventail de concerts, deux en particulier ont retenu l'attention de ce chroniqueur

Mardi 3 juin. Inscrire un quatuor à cordes travaillant principalement dans le domaine de la musique contemporaine n'est pas une évidence en soi, du moins dans le créneau des musiques expérimentales privilégié par cet événement. Pourtant, le Quatuor à cordes Bozzini a relevé un singulier défi en s'attaquant à une œuvre spécialement conçue pour (et avec) lui par deux des personnalités reconnues dans le cercle des musiques actuelles au Québec : Jean Derome et Joane Hétu. Fruit d'un travail commun échelonné sur une année complète, le Mensonge et l'identité reçut sa première nord-américaine, deux mois après sa création dans le cadre d'un festival de musique contemporaine tenu sous les auspices de la radio DLF (Deutschland Funk) à Cologne. (Notons ici qu'une supplémentaire se déroula à Vancouver le 24 juin, d'autres prestations européennes étant d'ailleurs prévues au cours de l'automne.) D'une durée de plus d'une heure, cette pièce, divisée en quatre mouvements, comportait une dimension textuelle (soit sur bande préenregistrée, soit par lecture en direct) et une dimension spatiale, où les musiciens se déplaçaient dans la salle entre plusieurs lutrins (soit 16 au total). Suivant d'abord une partition rigoureusement écrite, les interprètes étaient peu à peu appelés à assembler des sections à leur gré, quitte à improviser, Par ailleurs, chaque musicien récitait dans une langue différente (anglais, français, allemand, italien), tantôt des anecdotes personnelles, tantôt des aphorismes de sources littéraires diverses. Compte tenu des différentes dimensions exploitées dans cet assemblage musical, il en résulta une espèce de structure épisodique constituée de strophes discrètes, donc pas nécessairement conséquentes en termes de développement global. Par moments, on aurait bien souhaité que certains des matériaux aient été développés davantage, ou que l'un ou l'autre des musiciens ait pu faire une échappée, mais la conception essentiellement rigoureuse de l'œuvre consignait les interprètes (qui sont des musiciens classiques après tout) à des rôles très définis, en mal parfois d'une certaine souplesse, voire d'ouverture à des initiatives personnelles. En revanche, le fait que ceux-ci se racontent un peu permettait de personnaliser la performance, ce qui est rarement le cas en musique classique ou l'exécutant doit se soumettre à une musique. Pourtant, si l'on se concentre sur la substance musicale même, on ne pouvait que constater un certain manque de contenu harmonique, voire d'une exploitation plus poussée des possibilités timbrales des instruments à cordes qui, comme on le sait, sont si riches en magnifiques, et d'autant plus dans les mains des deux sœurs Bozzini, Stéphanie et Isabelle, alto et violoncelle respectivement, de Clemens Merkel, violon et conjoint de la seconde, ainsi que de Nadia Francavilla, également au violon. En dépit des apories, l'inclusion d'une telle expérience dans le cadre d'un festival comme le Suoni faisait certainement preuve d'une belle ouverture d'esprit de la part des organisateurs, si bien qu'on en souhaiterait d'autres dans l'avenir (du même genre ou d'autres, peu importe). Signalons enfin que le quatuor joua également une œuvre écrite pour eux par Malcolm Goldstein, qui, par la suite, fit son numéro d'impro solo en marmonant quelques vers. Si vous connaissez l'univers de ce musicien américain exilé chez nous (cagien, il va sans dire), vous avez déjà une bonne idée.

Mardi 24 juin. Par une soirée de Fête nationale québécoise, l'atmosphère était certainement chaleureuse et festive à la Sala Rossa, cette fois-ci avec le Ratchet Orchestra. Grand collectif musical de près de 30 musiciens (comprenant professionnels, semi-professionnels et amateurs), cette cohorte dirigée par le bassiste Nicolas Caloia s'inscrit directement dans la ligne du Sun Ra Arkestra : thèmes assez simples, impros qui se déroulent sur des ostinatos rythmiques un tant soit peu ronflants, le tout produisant une musique qui n'affiche pas de grandes ambitions artistiques en soi (si ce n'est qu'en nombre), mais qui se veut tout de même honnête et intègre (ce qui est déjà pas mal). Félicitions particulièrement le preneur de son qui a trouvé un équilibre parfait entre les sections, sans oublier la basse du leader qui assurait l'assise complète de l'orchestre. Outre les vents (quatre trompettes, trombone basse, sousaphone, sept anches), on comptait une section de six cordes — qui s'illustrèrent autant les uns que les autres à titre de soliste…une rareté — quatre percussionnistes, deux guitares, un piano et un soliste de marque : Jean Derome (flûte, sax alto, objets divers), le tout couronné (ou sous-tendu devrais-je dire) par le bassiste. Reformé en novembre dernier après dix ans de silence, cette nouvelle mouture de l'orchestre, plus ambitieuse que son prédécesseur, a justement produit un disque suivant sa première d'il y a six mois. J'y étais en ce 28 novembre 2007 et j'ai applaudi autant à cette première qu'à la récidive du 24 juin 2008. Un disque existe d'ailleurs, on en reparlera un de ces jours.


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Tuesday, July 8, 2008

Off Festival Review

 
July 10, 2008
 
Montreal Jazz Fest Roundup
Part one:
Off Festival de Jazz de Montréal
June 13 to 21
by Marc Chénard
 
According to first indications, Montreal's alternative jazz festival, the Off Festival de jazz de Montreal, was met by unexpected success in its most recent edition. In a post-festival press release, the organizers reported a 20 % increase in attendance from the previous year, a surprise of sorts given a lack of real headliners or guest performers to bolster its lineup of local acts. But this year's ninth edition ran a week earlier so as not to overlap with the city's mega Festival international de Jazz de Montréal (FIJM), thus avoiding the inevitable drain of audience from it in its closing days. 

For those who may not know about this festival, it was founded in 2000 by a collective of musicians as a means of representing their interests in the face of the city's mega-festival that paid but lip service to the local scene, a state of affairs that has only marginally changed since then. From its initial purpose as a means of protest, it has developed an identity of its own, serving as a kind of springboard for local musicians to present their wares for eventual recording and touring purposes. 

The artistic direction of the event, it must be noted, is shared by a dedicated committee of musicians who do so on a voluntary basis. Given this fact, several changes of personnel have occurred over the years, but this turnover has an unattended benefit, which is to circumven the common pitfall of predictability that plagues many long-standing festivals. This ability to renew itself shows not only in its will to incorporate a wide range of jazz and improvisational music styles in its program, but also in its vocation of showcasing promising local talent, which, incidentally, is in no short supply. But like all festivals, this one, too, has to balance the tried and true with a share of newcomers and discoveries. As can be expected, there are always a share of hits, either total or partial, and misses to wit. But since jazz was never meant to be a fail-safe proposition in the first place but a matter of taking chances, the Off festival's program this year was daring in its inclusion of several bands unknown to this writer, thus providing an excellent oppurtunity to check out the field. 

This year's edition bore a slate of 32 concerts spread over 9 nine days, a decrease of three from 2007. The bulk of the action was spread over three locations, including a late afternoon happy-hour series in a bar, two evening series at the event's main concert hall, le Lion d'or (at 8 PM and 9:30 PM respectively, the latter one free of charge), and an overlapping one in another club starting at 10 PM. Also of note were two performances held in conjunction with the third of Montreal's June music fests, the alternative-music dedicated Suoni per il Popolo, the first of which being the return visit of the Sun Ra Arkestra and a following night electro-improv encounter mainly comprised of Montreal players. 

Overall, the vibe was definitely upbeat, but no real highlight emerged, at least for this writer. Instead, the interest lay more in the problems that arose in some of the performances, problems which should not be construed in negative terms, but more as raising some questions. 

One such example was the performance of the trio by-Product accompanied by an ad hoc string quartet. The proposition was intriguing to say the least: tenor saxophonist Chet Doxas was inspired by French existentialist philosopher Jean-Paul Sartre's collection of stories entitled "Le mur" to create a series of pieces for his bandmates (his brother Jim on drums and Zach Lober on bass) and an accompanying string quartet. The meeting of strings and jazz, as history has repeatedly proven, is a musical minefield, what with all of the saccharine fiddling behind jazz players aspiring for some of kind of public legitimacy beyond their own sphere. Writing for strings, it must be said, is not a piece of cake, for it requires very specific knowledge of the particularities of those instruments, at least if one wants to make their parts sound more interesting that just sustaining long tones and producing tremolos. More problematic as well is the frequent lack of integration of the two, wherbey jazzers and strings players were content to ride on parallel tracks rather than really shunting from one to the other. As an acquaintance rightfully pointed out after the show, one could almost draw an invisible 'Wall' on stage during the performance, the left part occupied by the strings and a conductor planted in front of them, the right side staked out by the jazz trio. The sax player was front and center, both stagewise and solo-wise, his cohorts chipping in along the way, the drummer offering a pretty impressive gambit towards the end of their not-too long set of five pieces (all of which can be heard on a self-produced recording launched that evening). Regrettably, no solos were granted to the string players, even though lead violinist Stéphane Allard and violist Jean René are capable of doing so, a shortcoming which only underscores a basically schizophrenic relationship stemming from these encounters. On a plus side, the backing avoided much of the maudlin fare, but there was little in terms of development, the strings used more episodically to suggest mood and tone rather than developing some sort of countrapuntal discourse to the jazz trio. Although dealing with a bad flu, Doxas managed to kick up some dust as a soloist; while he was not in peak form, it must be said that he is one of the, if not the most promising modern-mainstream reedman to emerge in our city in the last five years. (Two years ago, he more than eloquently held his own as the opening act for a Wayne Shorter quartet peformance at the big jazz fest, that says something.) 

Such reservations were obviously not shared by the Off's organizers who awarded its annual prize of excellence to Doxas and Co for their performance, a prize which includes an amount for the mastering of a future record. It will be interesting to see what this group's next move will be. 

If the script was the essence of this opening evening act, the second half of the bill was an all improv affair that bore only minimal groundrules. Eight musicians associated with the city's Ambiances Magnétiques collective took to the stage for a series of musical games, spearheaded by reedist Jean Derome, who acted as emcee of sort and let the audience in as to the guidelines they would use. As is so often the case with such music of the moment, it is always hard to describe, let alone remember and give some sort of cogent post facto account. What's more, this approach to music making always raises the question of who derives the most enjoyment from the vagaries of free play: the audience or… the players? 

On the night previous, another double bill brought other elements into play, first and foremost the blending of jazz and other musical traditions and styles. The opening set presented a quartet of piano, bass, percussion and oud, an ensemble called Oktoecho lead by composer Katia Makdissi-Warren. A trained composer in the contemporary musical tradition, her specialty is 'fusing' elements of Western and Middle-Eastern musics, given her own Lebanese background. A non-performer in this instance, although she plays piano and oud, at least when not assuming a conductor role, Warren wrote a series of pieces enabling the musicians to improvise within her set structures. As special guest, the Austro-American bassist Peter Herbert was given a couple of occasions to shine as a soloist, followed next by pianist Marianne Trudel, the latter showing her jazz proclivities in her solos. The sensitive percussion work of Patrick Graham was a nice touch, and the choice of a musician very much in tune with non-Western traditions provided a welcome alternative to the customary jazz drumming heard in this festival. Rounding off the group was a native Turkish oud player who seemed definitely more at home when the music stuck close to the Middle-East, electing to lay out in the 'jazzier' parts. All in all, an interesting rapprochement of musical cultures that could only be more successful in repeated performances (this one being a good step forward since its first presentation in town last February, this reprise enhanced in no small way by the guest bassist). 

If two musical cultures were put to a test in that act, the next group seemed to throw several musical styles all into one pot. Common Thread is the name of a sextet lead by Montreal bassist Miles Perkin, a unit with a most original instrumentation of harp, steel guitar (and dobro), alto sax/flute, tenor sax/clarinet, drums/percussion and the leader/composer. At first, the drums seemed overly loud in the mix and tended to distract the listener from what was going on elsewhere. Throughout the set, one could hear country and folk influences (normal, considering the stringed instruments), some cutting edge pop and one of those churning North-African grooves in the final piece (logically titled 'Gnawa'). In keeping with those influences, this was more of a collective music, with limited solo room (but kudos to altoist Eric Hove for making the most of his two escapades). By and large, this is a music that searches in several directions, but there was a kind of restlesness to it all that prevented it from achieving a satisfying end result, something like a sum failing to exceed its parts. For those interested, this group has issued two CDs, including a self-produced side 'The Guessing Game', issued earlier this year and available through the artist's web. (http://www.milesperkin.com)

The closing night of the festival provided two more acts that, this time around, were unmistakeably in the jazz tradition. The aforementionned pianist Marianne Trudel premiered a new seven piece group with three brass (trumpet, trombone and French Horn), female voice (used purely instrumentally) and rhythn section. A composition project most obviously, this ensemble deftly negotiated a program of fairly elaborate pieces, bookended by a pair of piano trio pieces which, once again, betrayed Trudel's weakness, at least an instrumentalist, for Keith Jarrett. More satisfying to this writer were the full ensemble pieces, the first of which bore the indelible imprint of Kenny Wheeler but that succeeded in drawing away from that obvious influence by breaking the group down into various configurations. Along the way, everybody was granted at least one solo spot, although the French hornist, a non-improviser, was assigned a written part, and a tricky one at that as it demanded the player (Jocelyn Veilleux) to negotiate a number of register leaps (a perilous thing to do on such a unforgiving instrument like that one). Considering the limited rehearsal time, this ensemble delivered its goods convincingly and, like her previous quintet project of a couple years ago, let's hope that this one will take on a life of its own and hopefully hit the road for next year's festival circuit. 

As festival closer, the saxophone quartet of Janis Steprans (supplied by bass and drums on a couple of pieces) was a model of flawless execution. With André Leroux on soprano sax, David Bellemare on alto (surely one of the city's best kept secrets), the excellent Jean Fréchette on baritone and the leader on tenor, this foursome is as solid as one can get in playing abilities. But there is one caveat, namely, the material which was firmly planted in the mainstream jazz tradition and offered no surprises whatsover (although a series of five through composed variations on the Monk tune "Ugly Beauty" was a novel idea, even if it went on for too long). This then is jazz according to the academic credo, spit polished and all, but with both feet stuck in the past rather than surging ahead. 

To round up this review, a few mentions on some of the gigs heard in the afternoon and late evening. Although their take on post-hard bop (with a nod to Dave Holland) may not have been the most original, the quintet of altoist Mario Allard played the style as ably as many a band can do, not just here but anywhere for that matter. Particularly strong was the leader of this pianoless quintet, who incidentally was just awarded the prize for best composition during the FIJM's annual jazz competition.
Altoist Eric Hove displayed his talents at the helm of his unit Sound Clash, one that comprises bass, drums and a turntable player who weaved his filigrees to varying degree of success. In fact, to what degree does the latter's input enhance or detract the overall proceedings? A moot point maybe, but it seems not much would be lost without him. Hove, however, excelled in the quartet of tenor saxophonist Anna Webber, who displays a full sound on her horn and is just as adept, if not a tad more on her first instrument, the flute. With guitar and drums, she displayed some very interestingly crafted compositions that develop and expand in non obvious ways. A player and a group to watch for. 

While Jason Sharp is one of our city's handful of baritone saxophone specialists, he uses two very singular instruments, the Hohner saxophone (an almost toy-looking saxophone with no mouthpiece but reeds inserted under its keys) and the even more exotic fujara (a sheep herding instrument made in the Czech Republic vaguely resembling a didjeredoo, but held vertically rather than diagonally). With drums, bass and steel guitar, his band  is strongly influenced by Eastern European musics, so much so that its repertoire of originals seem all cut from a single cloth, the themes too similar to each other and the pieces developing in predictable ways after a while. An interesting concept and sound for sure, but one where the leader needs to develop and broaden the scope of his compositional chops. 

While these concerts are but a cross section of the total festival, they nevertheless provide a good picture of an event that has courageously held its own for nine years now and is sure not to disappear from the map any time soon. And now on the cusp of its first decade, and with the good fortunes it has had this year, all bodes well for a cheery musical celebration in June 2009. 

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