SCENA Jazz

Monday, January 31, 2011

Jazz contemporain sur Seine

Marc Chénard

— See English version below —

Festival Sons d'hiver
Paris, Janvier 2010

« Un festival doit grandir, mais pas grossir. » (Bernard Lubat)

Vingt ans, ça se fête. Ainsi en est-il cette année pour « Sons d'hiver », premier événement inscrit au calendrier annuel des festivals français (et sans doute internationaux) consacrés au jazz et aux musiques improvisées, toutes tendances confondues. La vocation de ce festival, comme l'explique Fabien Barontini, directeur artistique et fondateur de l'événement, est « de prendre un peu à contrepied l'idée préconçue des festivals, soit de circonscrire la présentation de concerts durant la seule période estivale, et d'en rassembler une foule d'entre eux sans réelle cohérence. En se plaçant en hiver, on a l'occasion de réfléchir un peu plus sur la teneur artistique de l'événement. ». Bien qu'éclectique (voir www.sonsdhiver.org), sa programmation ne verse pourtant pas dans le salmigondis stylistique caractérisant la majorité des méga-événements d'été qui mesurent le succès à l'aune de leur seule grosseur.

Jouissant d'appuis solides de la part des instances publiques et privées – qui feraient l'envie d'un grand nombre de présentateurs de chez nous victimes des méfaits de la politique culturelle conservatrice de nivellement par le bas – Sons d'hiver signe en cette année-anniversaire une édition somme toute conséquente sur le plan artistique. Disponibilités obligeant (et finances aussi), ce chroniqueur n'a pu qu'assister à la première semaine de ce festival qui se poursuit de plus belle jusqu'au 12 de ce mois.

En soirée d'ouverture (vendredi 21 janvier), une salle comble à l'Espace Malraux, situé dans la commune de Gentilly dans le département avoisinant du Val-de-Marne, eut droit à un programme de musiques improvisées de haut vol. En première partie, ce fut au « Uz Quintet » de se lancer à corps perdu dans deux longues suites, propulsées surtout de main de maître par le légendaire batteur Bernard Lubat, appuyé par ses acolytes Fabrice Viera (guitare) et Philippe Lacarrière (contrebasse et basse électrique, cette dernière restant pourtant sur son trépied pour la durée de la prestation). Se partageant les honneurs de l'avant-scène, le tandem de souffleurs Jaques di Donato (clarinette, sax soprano) et l'irréductible Louis Sclavis (clarinette basse et sax soprano) brilla dans ses chassés-croisés. Bien connu de notre public québécois, Sclavis était à l'égal de lui-même : avec une redoutable efficacité, il étala sa virtuosité instrumentale, puisa dans son bagage de techniques étendues (claquements des clés, slap tongue, soufflements dans le bec détaché de l'instrument), sans oublier les mélopées pentatoniques qui font partie intégrante de sa signature musicale. Pourtant, il nous surprit en soutirant de sa poche un harmonica, instrument du moins inédit à son arsenal pour cet observateur pourtant bien aguerri à ses pratiques de jeu. Il se permit donc de produire quelques effets bluesy, sans pour autant verser dans le pastiche, mais juste assez pour en évoquer sa couleur. Di Donato en revanche n'avait peut-être pas tout le panache de son comparse, mais ce grand clarinettiste (plus informé par la musique classique et contemporaine que le jazz ou la musique ethnique) se montrait beaucoup moins prévisible dans ses interventions. Présenté l'été dernier au festival d'Uzeste (le terroir de Lubat), ce puissant quintette attise le brasier d'un chaud souffle de jazz et de free, le batteur y étant certainement pour quelque chose, tant derrière ses peaux que par ses propos espiègles, dont les perles suivantes : « Il y a des gens qui créent des chefs d'œuvres, nous improvisons des hors d'œuvres ! » Ou encore : « Une bonne idée devient une mauvaise quand on s'en contente. »

Après cette ouverture pétillante à souhait – le haut point étant un solo de soprano assez roboratif de Sclavis – le « Stone Quartet » entra sur scène avec un tout autre ordre du jour musical. Ensemble réuni à l'initiative de Madame Contrebasse en personne (Joëlle Léandre, si vous ne le saviez pas), ce quartette, qui tire son nom du local new-yorkais de John Zorn où le groupe vit le jour en 2006, efface la ligne de démarcation habituelle du jazz entre solistes et accompagnateurs pour privilégier une interaction constamment fluctuante entre les voix instrumentales. Outre la contrebasse, cette formation comptait un violon alto (Mat Maneri), deux trompettes (dont une dite « de poche », comme celle de Don Cherry), un bugle et une flûte (Roy Campbell) et un piano (Marilyn Crispell). Sans batterie, ce groupe peut explorer un espace dynamique plus nuancé, à l'instar d'une certaine musique de chambre contemporaine. De cette prestation, diffusée en direct sur les ondes de la radio nationale française, on en retient une musique qui cherche autant qu'elle se cherche – trait inéluctable de cette pratique d'improvisation libre – aussi délicate que fragile, en proie même à quelques errances, mais toujours profondément humaine en raison de la qualité d'écoute qui rapprochent constamment ses participants à un idéal de création musicale collective.

Autre soir, autre musique, cette fois-ci avec un ambitieux octette placé sous la direction du saxophoniste alto américain Steve Lehman. Musicien influencé autant par Jackie McLean (pour un son assez âcre ainsi que pour le langage instrumental) que par l'école de la composition spectrale développée en musique contemporaine, Lehman bénéficie donc d'une assez grande marge de manœuvre pour façonner une musique misant davantage sur des conceptions d'écriture d'ensemble que sur le jeu individuel. Interprétant principalement les pièces de l'unique enregistrement de cet ensemble (voir référence en fin d'article), Lehman s'affirme comme l'un des compositeurs de pointe en jazz contemporain. Par-delà la seule polyphonie des lignes, il y a aussi une magnifique richesse de timbres qui rendent parfois difficile l'identification des parties individuelles. On signalera du reste la présence du batteur Tyshawn Sorey qui propulse le tout avec une étonnante virtuosité et force de frappe, sa partie n'étant pas écrite en dépit du fait que ses accompagnements dynamiques sont conçus en fonction des compositions qu'il affirme avoir mémorisées au préalable, tout un exploit faut-il le dire. Saluons aussi l'heureuse initiative de la rencontre avec l'artiste tenu après le concert (Lehman parlant un excellent français), occasion pour vraiment saisir et apprécier une musique à la fine pointe du jazz orchestral contemporain. Non seulement ce chroniqueur a-t-il applaudi, mais le public ayant rempli à capacité les quelque 400 places de la grande salle de spectacles du Musée du Quai de Branly (enceinte idéale pour un tel concert).

Retour à l'impro le jour suivant avec une double offrande présentée à la Java. Située à la limite du dixième arrondissement (105 rue du Faubourg du Temple, pour être précis), cette cave à spectacles, soulignons-le, revêt une certaine importance historique dans les annales de la musique de cette ville, car c'est là qu'Édith Piaf monta sur scène pour la première fois, sans oublier la présence d'un autre incontournable, Django Reinhardt. Devant un public nombreux rassemblé dans une salle somme toute assez exiguë, l'ensemble « Ixo » occupa d'abord la scène. Tenant la route depuis déjà 10 ans, cette formation, constituée d'Alexandre Authelain (saxos ténor, soprano et clarinette) d'Élise Dabrowski (contrebasse et voix) et d'Émiliano Turi (btr. et perc.), s'était adjoint d'un guitariste (dont j'avais oublié de noter le nom, mea culpa). Son rôle fut toutefois limité à épaissir la texture sonore par des effets qui ne semblaient jamais se développer, l'instrumentiste s'abstenant de se mettre de l'avant comme soliste. Allant un peu l'encontre d'une certaine pratique de musique improvisée qui consiste à déhiérarchiser les rôles entre accompagnateurs et solistes, les quatre partenaires se cantonnaient dans des fonctions très précises, le batteur assurant une pulsation généralement binaire et parfois lourde, le saxophoniste réitérant des courtes phrases mélodiques à la manière d'un ostinato harmonique un tant soit peu statique, question sans doute de libérer la bassiste de cette tâche habituelle et de lui laisser le chemin libre pour son travail d'instrumentiste et de chanteuse. Les ressemblances entre elle et Joëlle Léandre ne pouvaient pas passer inaperçues, comme on peut s'en douter, d'autant plus qu'elle a étudié avec celle-là même qui se présenta après l'entr'acte en duo acoustique avec Mat Maneri. D'emblée, les combinaisons d'instruments d'une même famille sont toujours de bonne augure, les cordes étant particulièrement bien servis entre elles en terme de timbres et de spectre dynamique. Et lorsque celles-ci sont jouées par des artistes passés maîtres dans une telle pratique de musique spontanée, la partie s'annonça presque gagnée d'avance. Autant le dire tout de suite : nul ne fut déçu des échanges de ce duo qui fit preuve d'une complicité exemplaire, l'un talonnant l'autre de près – leur synchronisme étant parfois d'une étonnante précision dans les changements subits d'intensités dynamiques – quitte à se déjouer pour relancer l'aventure de plus belle. De toute évidence, la musique improvisée peut être bénie de moments forts et ce duo a gratifié le public de plusieurs.

Si le festival affiche une prédilection certaine pour le contraste dans ses programmes en deux parties, il résulte parfois des choix heureux (comme la soirée d'ouverture) et d'autres, disons, plus discutables. Tel était le cas pour la dernière des quatre soirées (mardi 25) assistées par ce chroniqueur. De retour en banlieue sud, soit au Théâtre Jean Vilar dans la commune d'Arceuil (le patelin de Satie), la soirée débuta avec une prestation solo de Marilyn Crispell, la première donnée par cette « Artiste » dans le cadre d'un festival qui, par le passé, l'a accueillie à plusieurs reprises. Au cours d'une performance de près d'une heure, captée pour retransmission télévisuelle sur le réseau Mezzo en France, la pianiste a démontré son grand art devant un public si médusé qu'il n'osa même pas l'applaudir durant les brèves pauses qu'elle se donnait, de peur sans doute d'interrompre le fleuve de sa musique conjuguant avec égal bonheur énergie et introspection. Bien qu'on l'ait étiquettée comme émule de Cecil Taylor – influence déterminante qu'elle ne nie pas d'ailleurs – et qu'on l'ait rangée dans le clan de « l'avant-garde » du jazz américain – sa longue association avec Braxton obligeant, bien que le terme l'agace – elle affiche depuis son entrée à l'écurie ECM en 1997 une sensibilité accrue, voire un sens d'introspection qui, parfois, prend le dessus dans ses performances. Dans ce concert toutefois, elle sembla renouer avec cette intensité qui lui permit de se tailler sa place au sein de cette communauté internationale d'aventuriers musicaux travaillant aux confins du jazz. La dame a de la virtuosité instrumentale à revendre, c'est sûr, mais sa clarté d'articulation reste l'une de ses plus grandes vertus, sans oublier une profondeur d'expression acquise durant ses plus de 30 ans de carrière professionnelle. Faut-il se surprendre donc de l'ovation qu'elle reçut après coup, le public lui demandant même deux rappels concis qui permirent en quelques minutes d'apprécier en version condensée toute l'étendue de son art. Tout aussi inspirante que soit sa musique, sa présence le fut aussi. Un moment de grâce.

Avec la barre placée si haute, le groupe suivant n'avait pas la tâche facile à maintenir l'attention d'un public qui en a vu d'autres, un constat qui s'impose tout de suite en écoutant les conversations menées dans le vestibule avant et entre les concerts. Suivant l'entr'acte donc, le «Tinissima Quartet » d'Italie avec son chef le saxophoniste ténor Francesco Bearzati monta sur les planches pour nous livrer son « spectacle » (ce qui est peu dire) musical et visuel. Sur un fond d'images de la photographe espagnole de l'Entre-deux-guerres Tina Modotti, l'ensemble fit preuve d'un surcroît d'exubérance, au point même de verser dans la surenchère. (Quant aux rapports entre les images et la musique, on était en droit de se poser des questions, la démarche étant assez gratuite, voire inconséquente.) Musicalement, le groupe servit un menu de ritournelles néo-folkloriques comme thèmes, celles-là utilisées comme prétextes à des impros free tonitruants du leader et du trompettiste saltimbanque Giovanni Falzoni, appuyés de la rythmique de Danilo Gallo (contrebasse, basse électrique) et Zeno di Rossi (batterie), l'un et l'autre enlisés dans des grooves insistants (ou en mode « pilote automatique », comme on dit chez nous). La musique joyeuse, on veut bien, mais lorsqu'on se fait raccolleur sur scène – notamment dans le rappel où l'on pria au public de battre des mains pour tenir la cadence – la conclusion s'impose que cette musique pêche autant par un excès de vernis que par un certain manque de fond (voire un manque de fond certain).

Animer un festival est une entreprise hasardeuse, d'autant plus lorsque l'expérimentation et l'aventure artistique sont ses motivations premières. À l'encontre des grands événements, pour qui le contenu est assujetti aux diktats du commerce, les festivals dits « alternatifs » ont aussi leur place dans le paysage, si ce n'est que pour valider la nécessité d'une vision de l'art comme moyen d'expression privilégiée entre les créateurs et le public. À ce chapitre, Sons d'hiver s'acquitte de son travail avec panache et on ne peut que lui souhaiter d'autres éditions aux programmations toutes tout aussi engageantes que stimulantes.

Merci enfin à la petite mais trés dévouée équipe du festival (Leda et Alex pour les suivis ainsi que le directeur Fabien Barontini pour ses initiatives et le temps d'une conversation pour étoffer cet article); dernier, mais non le moindre, un dernier merci à Joëlle pour avoir établi le contact initial. (Avis aux intéressés chez nous : ne la manquez pas en juin, elle sera de passage à Montréal, sinon un grand retour en septembre prochain. On en reparlera, c'est sûr.)

Sons d'hiver
Paris, January 2011

Celebrating its twentieth year, Sons d'hiver is a festival highlighting a wide range of contemporary trends in creative musics, including jazz, free improv, black music and more. (See complete program online at http://www.sonsdhiver.org.)

Due to a certain quirk of circumstance, this writer was fortunate enough to attend the first week of this event (January 21-26), with more concerts running writing through till February 12, with days off in between. Presented mainly in the suburbs south of Paris, the concerts are mainly packaged in double bills, at times very contrasting, at times more complimentary in approach.

Somewhat closer to the latter was the opening night concert. The first set was an all-French affair headed by legendary drummer Bernard Lubat (hardly known outside of his country for his refusal to leave its borders). Of the five group members, reedist Louis Sclavis (who has no qualms whatsoever in crossing borders, both musical and geographic) shared the frontline with Jacques di Donato (on soprano sax like Sclavis but straight Bb clarinet rather than Sclavis' bread and butter horn, the bass clarinet), with guitarist Fabrice Viera and bassist Phillipe Lacarrière rounding off this band, aka the "Uz Quintet", derived from Lubat's hometown of Uzeste in Southern France. A flowing free jazz ensued from this group over an hour-plus set divided in two long suites. Sclavis, ever faithful to himself, dove into his customary bag of tricks (slap tonguing, blowing into the mouthpiece removed from the neck, spinning out rapid-fire pentatonic lines) but kept one surprise in store as he pulled out a harmonica at one point and suggested some shades of blue. Di Donato, on the other hand, was not as predictable (his background being in contemporary music rather than jazz), so he was a good foil to his fellow reedist. Apart from being a propulsive drummer (he plays piano and accordion as well, but not here), Lubat is a congenial and witty host with great lines that don't translate too well in English, an easier one being: "A good idea becomes a bad one when one is contented by it." All in all, a stimulating opener from a band that ought not remain off the record.

With no drums, the almost all-American "Stone Quartet" (hometown bassist Joëlle Léandre being the exception here) was more contemporary chamber music like than jazzy, therefore more nuanced dynamically and not as propulsive as the preceding group. With Mat Maneri (viola), Roy Campbell (trumpet, pocket trumpet, fluegelhorn and flute) and Marilyn Crispell (piano), this quartet patiently built its music from an opening bass and viola duet, piano and brass eventually finding their way into the proceedings. As it often happens in this context, the performers search for a while and show some of the music's strengths (when they finally manage to coalesce) and some of its trappings (in the length of time needed to get things in gear). Interestingly enough, this concert was broadcast live on the country's national radio network, Radio France, something that could only happen in Europe…

From the opening all-improv evening, it was composition front and center the next day thanks to altoist Steve Lehman. Spearheading an octet of sterling sidemen (check out their record, listed at the end of this piece), the leader is unquestionably one of today's cutting edge jazz composers. Influenced as a player by Jackie McLean and as a composer by the contemporary musical composition school of spectral music, Lehman is definitely pointing towards the future in his music. With striking timbral effects and sophisticated formal structures, Lehman's music is anything but academic, thanks to the group's ability to lift it off the pages, with special mention here to drummer Tyshawn Sorey for his swirling polyrhythms that mesh with highly complex charts he claims to have completely memorized.

Late the following day, at a remarkable basement room called La Java (where Django Reinhardt once played as well as Edith Piaf, who apparently made her stage debut there), it was up to Léandre and Maneri to square off once again in what was a sterling duo performance. Using same family instruments is a good starting point for a performance, and with such seasoned players in this musical practice as these, the concert almost seemed like a shoe-in. And they delivered the goods, too, yet another highlight to chalk up on. Preceeding it was a somewhat young albeit established Paris group called "Ixo", a sax-bass-drums trio with a guest guitarist who provided lots of sound and ambiance without much development to it, and no real soloing on his behalf either. While the drummer (Émiliano Turi) laid down somewhat plodding rock grooves, the saxman (Alexandre Authelain, tenor, soprano and clarinet) would reiterate phrases with slight variations over long stretches, as if he was holding down the bottom of the music rather than the bassist (Élise Dombrowski), who roamed freely over her big fiddlewhile singing in ways reminiscent of Léandre, her one-time teacher. While not entirely devoid of interest, this group seemed to conform to set roles that made their presentation somewhat static overall.

After a night off on Monday, the Tuesday finale brought this writer to a mid-size concert venue (the Théâtre Jean Vilar) in the southern suburb of Arcueil (Satie's residence for the last 25 years of his life). Taking advantage of a three-day break (a luxury for touring musicians), Marilyn Crispell took to the stage for a solo performance, a first for her at a festival she has graced her presence with on more than one occasion. Was it the film crew on hand capturing the set for broadcast on the French Mezzo network, but the hour-long set was simply breathtaking, as she showed the flashes of unbridled energy playing that has earned her her stripes as a taylorian disciple (which she fully assumes) and avant-garde pianist (notwithstanding her misgivings with the term). After more than 30 years on the scene (and return visits to the Seine), she exhibited a wondrous sense of pacing in her forays, and, most importantly, a clarity of articulation that is the very hallmark of her playing. So enraptured was the audience by her artistry that it did not dare to applaud in the brief pauses she took to catch her breath and launch into another excursion. By concert's end, they called her back for two brief encores that seemed to encapsulate the essence of her art. A inspiring music, for sure, but an inspiring presence as well.

Understandably, this would be a tough act to follow, and what went down next came off as a non sequitur. While contrast should not be shunned in putting together double bills, it can be sometimes give reason to question, as with the second show of the evening performed by the Tinissima Quartet. This Italian foursome lead by tenor saxist (and clarinetist) Francesco Barzeati plowed through a suite of piece inspired by the photography of the Spanish photographer Tina Modotti (1896-1942), whose shots were projected behind the musicians. The relation of image to sound seemed rather spurious from this writer's perspective, and seemed all the more distracting in an already distracting spectacle of extroverted exuberance that musicians of Latin cultures fall prey to all too often. The music was a compendium of all too familiar multi-kulti derived melodies that served as launching pads for raunchy free solos by the leader and trumpeter sidekick Giovanni Falzone hamming it out, backed by bassist Danilo Gallo and drummer Zeno de Rossi pounding out ostinato grooves into the ground. Sure, music can be fun, too, but when it stoops down to the level of getting the audience to clap along, as in the encore, it then becomes apparent that the gloss wears thin and reveals more dross than anything else.

The previous show aside, the concert program for that first week was quite solid overall, even exceptional, and with more interesting acts to come, it would surely have been nice to stick around a little longer… Festivals are never sure bets, even more so when they dare present all forms of creative music, including the more experimental ones. In an age when mega-events increasingly use the music as a pretext for the marketing of culture as just another consumer product, it is all the more appreciated that events like this one market culture as a human activity that enables creative minds to reach out towards receptive audiences.

Thanks to the organizers, principally to Leda and Axel for their prompt mail responses to my queries, as well as to the artistic director Fabien Barontini for his enlightened views and time to share some of these with me; a special thank you to Joëlle for establishing contact with the festival. All the best for the rest of this year's edition and for future ones, too.

Pistes d'écoutes / Listening Hints:

The Stone Quartet — dmg @ the stone, volume 1. DMG/ARC 0721, 2008
Steve Lehman Octet — Travail, Transformation, and Flow. Pi Records PI 30, 2009
Trio Ixo — Le Clown. Aphone 01, 2007
Joëlle Léandre (avec/w Nicole Mitchell, fl., Dylan van der Schyff, drs./btr) — Before After. Rogue Art ROG-032, 2011
Marilyn Crispell (Solo piano) — Vignettes. ECM 2027, 2008

Labels: